La canonisation de Jeanne d'Arc il y a 100 ans

Auteur : Alexandre du Cercle Richelieu#5501 , Le : 16/05/2020 19:17:42 , 2477 vue(s)

Jeanne d’Arc : Sainte depuis un siècle

Le 16 mai 1920, il y a 100 ans déjà, Jeanne d’Arc était canonisée par décret du pape Benoit XV. Que de chemin parcouru entre cette canonisation et le procès en hérésie conduit par l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, en 1431.

L’histoire de celle qui est devenue la sainte patronne secondaire de la France, après Notre Dame de l’Assomption, est bien connue. Elle est une part vitale de notre grand (et si beau) roman national. En revanche l’histoire du long chemin menant de sa condamnation à sa canonisation, en passant par son procès en révision et sa béatification, est bien moins connue.

En 1450 la guerre de 100 ans approche de sa fin, le Roi Charles VII a repris Rouen depuis peu de temps quand il publie, le 15 février, une ordonnance affirmant que : « les ennemis de Jeanne l’ayant fait mourir contre raison et très cruellement », le Roi veut savoir la vérité sur cette affaire. Néanmoins ce n’est qu’en 1455, Calixte III succédant à Nicolas V, qu’un rescrit papal ordonne la révision du procès.

Le très saint père, plutôt favorable aux français et surtout à la vérité, ordonne à Thomas Basin, évêque de Lisieux et conseiller de Charles VII, d’étudier les actes du procès de Jeanne d’Arc. Ce mémoire aboutit à casser le premier jugement pour « corruption, dol, calomnie, fraude et malice ». Le 7 juillet 1456 les conclusions rendent le premier jugement « nuls, non avenus, sans valeur ni effet » et réhabilite aussi bien Jeanne que sa famille.

Mais ce procès n’était guère nécessaire tant le souvenir de la pucelle était chargé d’émotions positives dans l’esprit des français chez qui le souvenir des événements de 1429-1430 était encore vivace. Ce souvenir ne s’éteignit jamais complètement à travers les siècles, témoignage non équivoque en faveur de la sainteté de Jeanne d’Arc.

Depuis 1431 (ou 1432) Orléans célèbre sa libération à travers les fêtes Johanniques et c’est en 1869, à la fin de ces commémorations, le 8 mai, que Monseigneur Dupanloup, évêque d’Orléans, prit la parole devant tous les évêques des diocèses que Jeanne honora de son passage. Le thème de son discours était la première pierre posée dans le processus de canonisation, il avait pour objet la sainteté de l’héroïne via le rappel de son chemin de vie. Portés par l’enthousiasme ambiant ainsi que par les paroles de Monseigneur Dupanloup, tous les prélats présents signèrent une lettre au pape Pie IX lui demandant d’accorder à « Jeanne d’Arc les honneurs que l’Eglise décerne aux Bienheureux ».

En 1874 l’évêque d’Orléans constitue un tribunal sur le sujet dont le travail fut porté à Rome en 1876. Il faut bien comprendre qu’un processus de canonisation est très long et qu’il comprend trois étapes : l’introduction de la cause, qui permet de donner le titre de vénérable à la servante de Dieu, le bref de béatification est la deuxième étape et la canonisation l’aboutissement.

En janvier 1894 se tint la séance des cardinaux des rites où l’on décida de soumettre à la signature du souverain pontife la commission d’introduction de la cause. Léon XIII ne fit aucune difficulté à ratifier l’avis de la congrégation et le 27 janvier Jeanne reçut le titre de « Vénérable ».

A l’annonce de cette nouvelle toutes les grandes villes de France organisèrent des célébrations. A Notre-Dame de Paris fut organisée la bénédiction d’une bannière, fac-similé de celle de Jeanne, le 22 avril 1894. Remarquons que déjà les autorités civiles et militaires de la IIIe république ne se joignirent pas officiellement à l’événement. Nouvelle preuve de l’existence d’un « pays réel » et d’un « pays légal ».

Entre 1895 et 1896 se tint le procès de « non cultu » permettant d’établir que Jeanne d’Arc n’était point et n’avait jamais été l’objet d’un culte public. Il fallait désormais entamer le procès en béatification, l’héroïcité de Jeanne devait être examiné. Jeanne d’Arc avait-elle pratiquée jusqu’à un degré héroïque les vertus théologales de foi, d’espérance, de charité, de religion et les vertus morales de force, de prudence, de tempérance, de justice, d’humilité et de chasteté ?

Les travaux commencèrent le 1er mars 1897 et prirent fin le 22 novembre. Ce fut l’évêque d’Orléans, désormais Monseigneur Touchet, qui alla porter à Rome les conclusions de l’instruction. Entretemps Pie X succède à Léon XIII, dès 1899 quand il était encore patriarche de Venise il avait plaidé la cause de Jeanne, en tant que saint père il devenait le meilleur soutien de sa cause.

Le 6 janvier 1904 eut lieu la lecture du décret d’héroïcité (qui pouvait en douter ?) des vertus de Jeanne. Le saint siège devait dès lors étudier les faits surnaturels et prodigieux attribués à Jeanne d’Arc et notamment les guérisons miraculeuses qui lui avaient été attribuées.

La procédure avançant relativement rapidement (par rapport aux normes en vigueur), Jeanne fut béatifiée le 18 avril 1909. 40 000 français étaient présents pour cette cérémonie. Les représentants de la maison et de l’Eglise de France se joignirent à la cérémonie. Pour autant, encore une fois, aucun représentant officiel de la république ne fut envoyé. Pourtant, 5 ans plus tard, la république n’hésiterait pas à utiliser l’image de Jeanne pour galvaniser les troupes durant la première guerre mondiale.

Le 19 avril, lendemain de l’acte officiel de béatification, le Vatican était davantage composé de français que d’italiens. Le très saint père donna audience aux pèlerins de France. Monseigneur Touchet le remercia au nom de l’Eglise et du peuple de France. Pendant un bref instant le cycle de déchristianisation de notre pays sembla s’enrayer.

Entre la béatification et la canonisation, dix ans s’écoulèrent. Pourtant dès le 6 janvier 1910 une lettre de Monseigneur Touchet adressait au saint père une lettre demandant la reprise de la cause de Jeanne d’Arc. Les étapes se succèdent donc : la sacrée congrégation des rites émit un avis favorable. Il fallut donc étudier à nouveau les miracles liés à l’intervention de Jeanne d’Arc et en retenir au moins deux. Finalement on en retint trois : les guérisons parfaites de Marie-Antoinette Mirandelle et Thérèse Bellin et la préservation de Jean Dumoitier exposé à une mort certaine durant un incendie.

Sur ces entrefaites la première guerre mondiale éclata, néanmoins le procès en canonisation se poursuivit. Le 18 mars 1919 fut émis le vote définitif sur les miracles présentés au jugement de la sainte Eglise. Benoit XV, successeur de Pie X, reconnut la validité des miracles.

Le 7 mai fut finalement votée la canonisation de Jeanne d’Arc par le sacré collège, à l’unanimité des votants. Celle-ci est effective le 16 mai lors d’une cérémonie grandiose réunissant l’ensemble du monde catholique.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Benoit XV, comme Pie X avait beaucoup œuvré pour la reconnaissance de Jeanne, or la mort le terrassa le 22 janvier 1922. Son successeur, Pie XI, continua son œuvre. Le 2 mars 1922 il publia un bref adressé à la France proclamant Jeanne d’Arc seconde patronne de la France.

Que le chemin fût long entre 1431 et 1920, celui-ci devait paraître bien complexe quand, en 1869, le parcours vers la canonisation fut légalement engagé. Pourtant ne nous plaignons pas, c’est d’abord le signe que toutes les règles furent respectées et la preuve que la sainteté ne s’acquiert pas facilement.

Pourtant le plus grand combat de Jeanne d’Arc est en cours : sauver les français malgré eux…

Prions Jeanne d’Arc et n’oublions jamais que sa protection est le meilleur bouclier de notre peuple.

Alexandre du Cercle Richelieu 

Source intéressante et plus complète sur le sujet :

http://www.stejeannedarc.net/dossiers/processus_canonisation_JdA.php#4

http://www.stejeannedarc.net/dossiers/ste_jeanne_patronne_france.php

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