Sur la question du Héros

Auteur : Vincent Malkav#0000 , Le : 01/12/2020 11:17:22 , 508 vue(s)

Sur la question du Héros, dithyrambe du Roman National :

 

      Nous avons besoin de héros. Nous, Français, avons besoin du Héros. J’aborde brièvement ici une pensée plus complexe ; La métaphysique de ce que signifie d’être Français. La thématique du Héros est prédominante en Occident, dans notre histoire, dans notre culture ; C’est d’autant plus vrai pour la France. Nous avons tous été émus, chamboulés, parfois même bouleversés devant l’épopée d’un personnage historique Français. Certains devant l’aura charismatique du général de Gaulle, d’autres devant la bravoure de Jeanne d’Arc, devant le génie mathématique de Poincaré, devant la fidélité sans failles de Jean Moulin ; De même que je fus ému face au récit de Baudouin IV, roi de Jérusalem, atteint de la lèpre et qui pourtant mena ses armées en dehors des murs de  la cité, adossé sur un brancard, et alors que faible et mourant il tenait l’épée régalienne à la main. Saladin, impressionné par cette démonstration de force, ordonna à ses troupes de se replier ce jour-là.

      Plus j’avance dans mes réflexions, plus je comprends la dimension vitale sur le plan civilisationnel du Héros. Le Héros inspire et gonfle les cœurs, non pas d’arrogance comme on aime si souvent le dire, mais de fierté. Sa personne, ses actes, sa conduite, tout cela fait de lui non pas un patron mais un modèle ; Non pas une idole mais un exemple ; Non pas une fanatisation mais une légende, de ce qui doit être lu.

 

      Le Héros a cette dimension d’espoir sans pareille. Sa simple existence suffit à nous réconforter, sa simple réalité suffit à nous laisser penser. Nous avons besoin de héros, car les héros nous permettent de repenser notre monde, d’apprendre de leur histoire, d’en extraire toute l’essence héroïque et d’ainsi ressentir une certaine forme de transcendance. Surtout, les héros rendent fiers et unis les peuples dont ils sont issus. Ces héros servent à écrire le roman historique autour duquel la Nation toute entière se réfère : Chaque peuple a besoin d’un roman national, chaque roman national a besoin de héros, chaque peuple a donc besoin de héros.

      Le Héros permet la transmission d’idées, de notions, de valeurs qui s’inscrivent dans le temps, certes, mais aussi dans l’identité du Peuple. Le Héros est l’allégorie de l’identité des peuples, il conserve et transmet une aura tantôt légendaire, tantôt grandiose. Le Héros est la majestuatisation de tout un peuple.

      C’est bien pour cela que l’on nous en prive ! Tout est inversé dans ce monde dit moderne, ce monde dans lequel un présentateur hideux de bêtise et de fausseté a autant - si ce n’est plus - de valeur qu’un odieux roi de France. Là où l’on devrait voir du laid, c’est le beau qui nous est décrit, là où l’on devrait voir du beau, un travail d'enlaidissement par des jugements moraux anachroniques, voire absurdes, a sappé le convenable. Où donc sont les héros d’antan ? Qu’est-il advenu de cet héritage historique, de cette culture, de cet honneur que transmirent nos héros aux suivants, et bis repetita ?

 

      Les cosmopolites détestent les héros, détestent jusqu’au Héros même. Ils s’acharnent à nous en déposséder et à s’en détacher, les héros sont sources d’identités nationales, de conscience politique commune. Pour les cosmopolites, les héros sont les monstres imparfaits et fantasmés d’un ancien monde répugnant et sommaire, où tout était laid et où rien n’était bon. Le cosmopolitisme est, d’une part la capitulation des plus lâches aux promesses de couleuvres des manipulateurs les plus mercantiles, et d’autre part le broyeur cruel et conscient du mérite et de la légitimité des peuples. Je ne témoigne d’aucune empathie, d’aucune compassion et de si peu de pitié pour ces gens-là que je m’arrête ici, pour le moment.

      Cette privation du Héros même engendre des névroses sociales, ce manque de figures accompagnatrices et initiatrices fait tomber l’Homme dans l’erreur ; Il s’en va trouver refuge vers ce qui lui apporte du réconfort : Le stade de sport, le bar du coin de la rue, le casino où, dit-on, on est sûr de gagner au moins une fois. De nos jours contemporains le virtuel est de même devenu pour certains et certaines une manière de trouver des héros, notamment à travers les jeux-vidéos. Oh non pas que j'incriminerai

 les développeurs de jeux-vidéos, d'ailleurs j'apprécie moi-même certains d'entre eux, il y a tant de facteurs qui sont responsables de l'isolement et du repli numérique. Mais je parle ici du Héros, de ces personnages virtuels qui sont sources d'inspiration et d'aspiration à mieux, mais qui se cantonnent à ce virtuel vers lequel il faut revenir inlassablement.

 

      Bertolt Brecht disait « Malheureux sont les pays qui ont besoin de héros. ». Il va sans dire que Monsieur Brecht faisait là allusion aux fameuses heures les plus sombres de l'histoire, si sombres qu'on nous les ressort à chaque fois. Néanmoins je me retrouve plutôt en accord avec cet auteur, seulement je regarde en amont, et non en aval : Nous avons des héros ! Toute nation a des héros, tout peuple a des héros ! C'est dès lors que l'on le prive de ses héros que le peuple se retrouve sans repère, en l'empêchant d'être fier de son histoire, en le culpabilisant sur cette essence inspirante qui le transcende et lui donne l'honneur et la fidélité envers sa Patrie. Quant à tous ceux qui auraient cette prétention moraliste d'être capable de se passer de héros, répondez-leur que plus est en nous qu'on ne le veut.

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