De l'excellence de la royauté

Auteur : Hastings#3291 , Le : 24/05/2020 04:21:21 , 1383 vue(s)

Aristote fit une constitution aux Athéniens, Xénophon le fit pour les Lacédémoniens, et ainsi chacune de ces races pût avoir un modèle de vertu auquel se référer. Marx fit un manifeste pour sa pensée, et ainsi elle pût contaminer des empires. Il parait évident que le royalisme, pourtant riche en auteurs de qualité, doit se doter de son manifeste, afin que le peuple comme les érudits puissent avoir connaissance de notre doctrine. En neuf articles, nous essayerons d’élaborer une esquisse d’un manifeste, en combinant les thèses de différents auteurs. De ce fait, ce projet aura au moins le mérite d’élargir la culture politique et théologique de nos lecteurs, dans l’optique qu’ils puissent se défendre au mieux.

Dans ce premier article, nous justifierons avec Saint Thomas d’Aquin le nom de cette série d’écrits : «Manifeste du parti de Dieu ». En démontrant la vertu d’un gouvernement d’un seul devant celui de plusieurs, puis en distinguant le roi du tyran, nous expliquerons quel est la spécificité du roi sur tout autre prince, ses devoirs et sa supériorité, au travers du De regno ad regem Cypri.

Selon le Docteur angélique, l’humain étant un être, il tend à accomplir sa fin (Lib. I, Cap. 1), et comme il est humain, il est un animal social. La société est le prérequis à l’existence de l’homme, elle est donc un des paramètres les plus importants dans la finitude de l’homme. Or, la fin de l’homme est la vertu, car Dieu fit une promesse à travers le Christ, qui énonce que l’humain peut atteindre la béatitude propre aux anges par le Salut. La société a alors une fonction particulière, un devoir : celui d’élever les hommes.

L’élévation de l’homme ne se fait que par un principe directeur, permettant de quitter le monde corporel, divisé, vers le monde dit spirituel, qui est proche de l’unicité. Le bien se fait dans l’unicité, car le suprême bien est Dieu, et que Dieu est unique (se référer à la Somme Théologique). La société doit avoir sa « force directrice », et Saint Thomas le justifie ainsi (I, 1) :  

« En effet, comme les hommes sont en grand nombre et que chacun pourvoit à ce qui lui est approprié, la multitude serait éparpillée en divers sens, s’il ne se trouvait aussi quelqu’un qui prenne soin de ce qui regarde le bien de la multitude, de même que le corps de l’homme ou de n’importe quel animal se désagrégerait, s’il n’y avait dans le corps une certaine force directrice commune, visant au bien commun de tous les membres »

Il paraît alors logique que le principe directeur de la société doit être unique, car s’il est multiple, et même dans la vertu, il aura tendance à se désagréger et à s’éparpiller. Le gouvernement doit être un, car la paix, le bien, la vertu, se trouve dans l’unicité des choses. La société peut être perçue comme analogie de la Création : Dieu a créé le monde, et tout ce qui tend vers son unicité est bon et le bon se caractérise par son unicité, et tout ce qui s’éloigne de lui est dans le mal et la multiplicité est caractéristique du mal.

Apparait alors une problématique : comment s’assurer de la vertu du roi ? En effet, le gouvernement d’un est appelé monarchie, mais cette monarchie peut être dirigé par un roi ou un tyran. Alors que plusieurs peuvent se contrôler et se corriger, l’homme seul peut être influencé par les plaisirs, la jouissance, et ainsi s’éloigner de la vertu, et par conséquent, éloigner la société de la vertu, qui est son principe. Cet homme, nous l’appellerons tyran, et celui qui se conserve dans la vertu comme le père de famille, nous l’appellerons roi. Notre question est donc : « Comment garantir que le monarque est un roi et non un tyran ? »

Contrairement au tyran, le roi ne cherche pas à posséder, il cherche Dieu. La félicité éternelle doit être la seule chose qui motive le roi, car plus que tout autre homme, il est choisi en qualité de lieutenant du Seigneur. Comme l’énonce le Docteur incomparable (I, 9), tout être est poussé vers ce qui cause son existence. La seule existence du roi est la lieutenance de Dieu, et cette lieutenance ne peut s’accomplir que par la béatitude qui est un bien spirituel. Le roi n’est pas tenu d’avoir les plus vastes terres, les plus beaux châteaux, le plus d’argent, il est tenu par une force infiniment supérieure et par son naturel d’être bon et bienheureux, et cela se fait uniquement si ses sujets sont bienheureux.

Les sujets sont alors en droit de destituer un athée, non pas pour mettre un autre tyran à la place, mais un homme humble et dans la vertu, qui a pour seul but dans sa vie Dieu. Mais la vertu de la royauté se fait dans son hérédité, qui garantit l’éducation : un homme vertueux, un bon roi, ne peut mal éduquer son fils, car il ne lui lègue pas une possession, mais une fonction. Et si le fils est tyrannique, le peuple se devra d’être aussi bon que lorsque le père régnait, et Dieu dotera le peuple d’un vrai roi, comme il fit aux Juifs, comme il fit avec Nabuchodonosor. Le roi, par l’hérédité, se rappelle la raison d’être de son royaume (I, 14) : garantir le bonheur dans le contentement de la vertu.

Le roi est ainsi tenu par un impératif supérieur, transcendant, qui tient autant le marchand que le mendiant. Le roi est croyant, il aura du remords à faire le mal. Étant un, il est plus simple de se garantir de sa foi, et étant un, il n'a pas besoin de l'assentiment d'autres pouvant être moins pieux que lui. Ainsi, la qualité de la royauté réside dans le fait que le roi est pieux et qu’ainsi il ne cherche pas à gérer une possession, mais à accomplir une fonction, dans le fait que le roi est seul et donc est la force directrice de la société, et dans le fait qu’il transmet à son fils, et comme un bon père avec son ainé, il ne transmet pas des murs et un toit, mais un rôle et un savoir.

L’ouvrage de Saint Thomas dispense de bien d’autres thèses, sur la manière de gouverner, mais aussi sur comment le peuple doit se comporter pour garantir le bien. Néanmoins, ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est la définition qu’il apporte au roi, et ce que cela nécessite pour que cette définition soit comprise. En effet, nos lecteurs ne pourront que remarquer que le Prince des théologiens part de plusieurs postulats, notamment celui sur le rôle de la société.

S’il faut retenir une chose, c’est justement sur ce point philosophique : la société est une nécessité de l’homme, elle le définit, et elle doit garantir la fin de l’homme, la béatitude. Cette béatitude éloigne l’homme des futilités multiples de la vie terrestre vers l’unique satisfaction du bien, de l’honnêteté et de la sagesse. Cela se fait par un principe directeur, qui doit être une image de la finalité de la société, c’est-à-dire que le gouvernement doit être bon, honnête et sage, et donc un et non pas multiple comme les plaisirs.

Les plus avertis auront remarqué tout l’humanisme de notre doctrine : nous ne prétendons pas la création d’un homme nouveau qui seul peut être dans le bien, comme le font en réalité toutes les autres idéologies, nous prenons l’homme comme il est, dans tous ces défauts, pour qu’il puisse se réaliser dans toute son authenticité, et pas dans une altération en un nouveau genre humain. Seul un gouvernement de droit divin est juste et humain : juste, car il élève vers le bon, humain, car il accepte celui-ci comme il est.

Là est la vraie sagesse.

Retour