De la logique des lois (Manifeste du parti de Dieu)

Auteur : Hastings#3291 , Le : 30/06/2020 12:07:27

Dieu par ses prophètes présenta aux hommes la Loi, au travers des deux Testaments. La Loi, dont doit découler les lois, permet aux hommes d’accomplir leur fin : la béatitude. Par le respect des préceptes que Dieu a inscrit au plus profond de l’homme, celui-ci peut devenir « bon ». Comme dit dans le précédent article, la société a pour finalité la béatitude de ses individus, ainsi doit elle se doter de lois permettant d’y accéder. Néanmoins, par la chute d’Adam, les humains sont enclins à ne pas écouter la Loi, et suivent la loi de la concupiscence, qui est une destitution de leur statut.

Ainsi, il est nécessaire de créer des lois humaines. En effet, la Loi n’est pas suivie par tous, même si tous ont au fond de leur cœur la connaissance de sa dérivée, la loi naturelle. La société, milieu naturel de l’homme, doit donc se doter de lois, coercitives, qui sont des réductions de la Loi, mais qui permettent de place l’homme dans un sentiment de vertu. La loi se définit, selon Saint Thomas d’Aquin, comme « une ordination de la raison en vue du bien commun, établie par celui qui a la charge de la communauté, et promulguée ». Cette définition place la loi dans le domaine de la raison : par une suite logique, la loi ordonne les sujets, ici le bien commun. Mais cette loi doit être promulguée, c’est-à-dire dite, formulée et transmise à tous afin que tous la connaissent, et cela par un législateur légitime.

Se pose alors la question de savoir comment le législateur doit promulguer la loi, en vertu de quelle raison, de quelle logique. Par-là, nous verrons en quoi fonder des lois justes est nécessaire à ordonner correctement la société vers sa fin, et en quoi seul le Roy, et par le concours de sages, peut être un législateur vérifiant trois conditions : savant,  légitime, tempéré.

Nous avons évoqué le fait que l’homme connaît la Loi. En effet, Dieu a promulgué une Loi, celle qui permet de tendre vers la vertu, et l’a inscrit au fond de l’âme des hommes. En d’autres termes, les hommes peuvent faire le bien, et ils sont plus enclins à le faire, et lorsqu’ils font le mal, ils ressentent de la culpabilité. Et même quand l’homme fait un mal, il le fait pour ce qu’il considère comme un bien pour sa conservation, étant donné qu’exister et se conserver est la première loi inscrite dans nos cœurs. Les humains n’ont cependant pas toute la lucidité pour déterminer le bien véritable, ils en ont la capacité. Et comme toute capacité, elle doit être cultiver par une discipline, qui ordonne la capacité avant de la faire passer de la puissance à l’acte. Le législateur doit ainsi comprendre que la loi est une discipline devant permettre aux hommes de cultiver le bien, et rien d’autre. Il est nécessaire qu’il connaisse la Loi.

Le législateur a la charge de la communauté. Les sujets du Roy ne sont pas la propriété du Roy : Dieu lui a donné la charge de les surveiller et de les garder. Mais quand Dieu dit « garde les hommes pour moi », il exprime en réalité le fait que celui qui garde doit rendre les hommes bons, car Dieu a fait l’homme bon, et que garder l’homme signifie le garder selon son essence. La légitimité du législateur provient donc de Dieu, qui par le sacrement lui transmet une fonction. Et cette légitimité est nécessaire, car la loi doit pouvoir être écouté de tous, et si personne ne veut entendre celui qui promulgue, personne ne peut suivre la loi. Cette légitimité se couple à un savoir, car celui qui donne la légitimité est celui qui donne le savoir. En effet, le législateur doit connaître en lui la Loi, car c’est par elle qu’il fait les lois. Ensuite, il doit suivre la loi naturelle, cette loi écrite aux fonds des âmes, découlant de la loi divine, et permettant à l’homme de faire le bien et d’avoir la possibilité de savoir où il se trouve. Si le législateur est lui-même bon et vertueux, ses lois le seront.

Nous avons vu que le législateur se doit d’être tempéré, car en réalité, les lois humaines dérivent de la loi naturelle, dérivant de la Loi elle-même. Ensuite, le législateur doit être envoyé par Dieu, car cela permet d’assurer une conformité entre les lois et la Loi, et permet aux législateurs d’augmenter sa loi naturelle d’une connaissance de la Loi. Nous n’avons toujours pas défini ce que devait être une loi juste, seulement ce que devait être celui qui la fonde. Selon Saint Isidore de Séville « Ce sera une loi honnête, juste, possible pour la nature et selon la coutume de la patrie, convenante à temps et lieu, nécessaire, utile ; claire aussi, afin qu’elle ne contienne rien qui par son obscurité puisse induire en erreur » (Etymologies, V, 21) . Cette définition de la loi juste permet de mettre en exergue plusieurs points fondamentaux. La loi doit être « possible pour la nature » et « convenante à temps et lieu ». Cela veut dire que les lois humaines, au contraire de la loi naturelle dérivant de la Loi, ne sont pas universelles, et doivent dépendre des sujets. Ainsi, le législateur doit connaître ses sujets, et les coutumes de sa race, pour tempérer ses excès et toujours féliciter ses qualités. Le Roy doit reconnaître les qualités de son peuple, et par les lois les mettre à la lumière de tous, et il doit éprouver ses défauts par la même loi.

L’honnêteté et la justice de la loi sont des aspects qui ont déjà été traité, mais il faut y inculquer une notion de clarté et de nécessité : la loi est issue de la raison. Cela veut dire que la loi suit un syllogisme, des prémices qui amènent à une conclusion. Ces prémices doivent être vraies, et leur ordination logique, afin que la conclusion apparaisse comme excellente et unique. L’adaptation aux coutumes et au temps se trouve dans la véracité des prémices : les conditions d’une loi sont les limites qu’impose la nature des sujets. Les prémices de la loi tiennent de la nécessité. C’est cette nécessité par ailleurs qui déterminent comment légiférer : le législateur est un artiste qui par touche de peinture arrange les lois. Si les prémices ne changent pas, à quoi bon changer la loi ? Et au contraire, pourquoi conserver une loi si les prémices ne sont plus les mêmes ?

 Nous prouvons donc que les lois humaines, malgré le fait que la justice et l’honnêteté soient des notions universelles et invariables, sont changeantes. Elles le sont car elles se basent sur l’homme, qui change par définition. Cependant, changer une loi est un effort colossal : il est souvent plus néfaste de changer une loi, car les successeurs du législateur n’auront pas à l’esprit toute l’excellence de la loi. Le législateur, le Roy, doit ainsi avoir un talent, soutenu par des magistrats et des sages de qualité : il doit toujours observer les prémices qui fondent ses lois, si elles sont en accord avec les modalités du temps, et si changer une loi n’entraîne pas plus de mal que de bien.

La loi doit enfin être claire, et cela tient de l’ordination des prémices à la conclusion. La clarté se trouve dans la formulation de la loi, car si elle est mal formulée, elle ne transmet pas tous les vœux du législateur. Sa clarté réside aussi dans la manière dont elle amène des prémices à la conclusion. Les lois humaines, constitutives de la société, ne doivent amener qu’au bien commun, bien commun nécessaire à ce que les hommes se réalisent, c’est-à-dire accèdent à la béatitude. Toute conclusion d’une loi doit clairement faire tendre vers ce dessein. Ainsi, si le lien entre la conclusion d’une loi et celle de la Loi est obscur, même si elle est juste, elle ne sera pas une bonne loi : le premier législateur y mettra toutes les bonnes intentions, mais aucun de ses successeurs ne la comprendra, et donc l’appliqueront avec trop de zèle ou de laxisme.

S’il faut retenir une chose, c’est cela : la loi humaine est la colonne de la société. Elle est fondée en raison et ordonne : ainsi doit elle ordonner vers le bien commun. Le législateur doit être savant , légitime et tempéré car les lois doivent découler de la Loi. D’abord par la contrainte, puis par le goût du bien, les hommes s’inclineront vers le bien commun, et pourront ainsi accéder au Salut. La vraie loi est celle qui « ordonne à chacun de faire à autrui ce qu’il voudrait qu’on fasse à lui-même », comme disait Gratien.

Là est la vraie sagesse.

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